mercredi 10 septembre 2008

Un ange est né!

Vendredi 29 août... j'attends encore avec ma bédaine de 40 semaines et 6 jours. Je suis pas mal tannée... Ma chum Carine a la brillante idée de m'emmener magasiner... je n'avais encore rien acheté à mon Petit-Loup... peut-être avait-il peur de rester tout nu? Je marche donc le Carrefour du Nord au complet et reviens...vannée à la maison, entre deux contractions (encore des fausses....)

Samedi 30 août, 8h15... ce n'était pas encore cette nuit. Mais je perds du bouchon et mon ventre se contracte aux 5 puis 10 minutes... sans douleur. Est-cela? Après tant de fausses alertes, je ne m'en soucie pas trop. 10h... Je prends une marche, ça contracte encore... 12h je mange... ça contracte toujours... le souffle un peu plus court mais sans douleur. Je fais la sieste. 15h, une autre marche... ça travaille pas mal... ça doit être ça... POUR DE VRAI!!! J'y crois pas vraiment encore! 16h j'appelle Valérie, ma sage-femme. Je prends un bain. Ça commence à faire un ti-peu mal, juste un ti-peu. Très tolérable! 18h Je mange. Valérie arrive à la maison vers 18h30. Examen: dilatée à 4 cm. Le travail est bel et bien commencé. J'en reviens pas! 20h, ça commence à être pas mal plus régulier... on se dirige donc à l'hôpital, tel que prévu puisque je ne peux pas accoucher à la maison (dû à ma tentative d'accoucher vaginalement après une césarienne: A.V.A.C).

De 20h30 à 00h00... mes membranes cèdent et je dilate jusqu'à 10 cm à force de chanter...(est-ce vraiment chanter?), question de faire diversion à la douleur qui me broie les reins à chaque contraction et de dire Oui! à la naissance de mon fils. Eric et Valérie sont là, à me supporter tant bien que mal au travers de cette aventure où dans pas long... enfin c'est ce que je crois à ce moment là, je prendrai Manuel dans mes bras! Je suis si fière d'avoir pu me rendre jusque là, naturellement, sans médicament, sans provocation, question de donner à mon fils ce qu'il y a de mieux. J'y crois encore...

Et voilà que je peux pousser... et je pousse, croyez-moi! Je ne sais plus quelle heure il est, ni quelle position prendre pour m'enlever cette douleur dans le dos...Valérie me suggère des granules homéopathiques, me fait changer de position, écoute le coeur du bébé. Il va bien, je suis fatiguée. 3h du matin, je pousse encore... c'est trop long pour un AVAC. Le bébé se présente le nez par en haut, sa tête n'est pas bien enlignée, mon petit bassin est un peu étroit pour la position... et je suis fatiguée... je veux qu'on me sorte de là...

Changement de cap. Après avoir tout essayé, les sages-femmes (et croyez-moi, elles peuvent porter fièrement leur titre!), quand même liées au système hospitalier, choisissent de demander consultation au gynéco de garde... Fini le rêve d'un accouchement naturel... le système médical vient de faire son entrée auprès d'une patiente "AVAC" qui vient de pousser pendant 3h de temps... "Qu'elle arrête de pousser!" entendais-je dans mon délire... ben oui toi... Arrête-donc le train quand il avance à 100km/h...

Je sens alors le découragement m'envahir. Les sages-femmes s'affairent autour du lit, les infirmières m'installent le moniteur, mon chum braille en silence de me voir abandonner notre rêve. Et je pleure aussi entre deux contractions, si près du but, si fatiguée... J'ai l'impression que mes contractions ne sont pas assez fortes, mes poussées ne sont plus efficaces... j'abdique. Je sais maintenant où cela va nous mener... une autre césarienne.

J'aurais aimé avoir la force de dire "Non Merci!" J'aurais voulu pousser encore et que ça marche. J'aurais aimé avoir plus confiance en moi...

Mais la nature en a décidé autrement. Comme une infirmière m'a dit au lendemain de ma césarienne: " La nature fait bien les choses. Les arbres donnent toujours des fruits à chaque année et les fleurs repoussent après un dur hiver. Mais elle apporte aussi son lot de catastrophes dont on ne peut contrôler. Les ouragans, les glissements de terrains, les tsunami. On ne peut pas actionner le bon Dieu pour cela. On ne peut qu'accepter de ne pas tout contrôler."

J'ai donné tout ce que j'ai pu. J'ai même poussé pour donner à mon fils cette caresse d'adrénaline qu'il avait besoin pour ses poumons. Je l'ai entendu crier en sortant de mon ventre (je n'étais pas endormie cette fois-ci mais sous épidurale). J'étais toute là. Nous avons pleuré. Eric l'a pris dans ses bras pendant les 2h d'attente de ma sortie de la salle d'op. Un beau bébé tout rose, alerte, les yeux grands ouverts, observateurs. Si vous aviez entendu ce cri de gloire lorsqu'il est sorti! 6h15 du matin... un ange était né!

Malgré toute cette épreuve, j'ai tout de même la fierté d'avoir donné tout ce que j'ai pu, et ce grâce aussi à la patience et la foi de ma sage-femme qui m'a accompagnée dans toutes les étapes de cette aventure. Si j'ai eu la vague impression, à un moment, d'avoir abandonné, Valérie, elle, ne m'a jamais lâchée! Eric non plus d'ailleurs, mon chum, mon amour, le père de mes 3 enfants, sage-homme aussi à sa façon, de qui j'ai encore beaucoup à apprendre .

L'important, en fin de compte, c'est que le dimanche 31 août à 6h15, j'ai mis au monde un beau garçon en santé, de 8 lbs 3 on (3,7 kg) et de 21 po (54 cm). Manuel est un beau bébé vigoureux, curieux, frileux et plein de cheveux!!! Ses soeurs en sont folles. Déjà, on reconnaît leur fibre maternelle!!! Imaginez Ti-Loup avec ses 3 mères... il n'est pas sorti d'affaires!

J'ai aussi une douce pensée et de la compassion pour toutes ses femmes qui désirent si fort d'avoir un enfant et qui n'y arrivent pas. Aussi toutes celles qui vivent l'immense douleur du deuil d'avoir perdu leur enfant ou leur bébé. Je vous envoie tout l'amour que je peux pour surmonter votre souffrance.

2 commentaires:

Garnouille Bleue a dit…

Ouf!
Je ne sais pas si ce sont les hormones de grossesse qui me font cela, mais je tente tant bien que mal d'essuyer les larmes qui coulent sur mes joues... Dans environ 11 semaines ce sera mon tour à moi, déjà... et ton tour à toi de venir magasiner avec moi! ;o)
Je t'aime fort mon amie!
Embrasse ton ti-loup pour moi!
Carine xxx

Je m'appelle Isabelle a dit…

Bonjour Annie
On ne se connait pas personnellement, j'ai eu envie de lire ton expérience (j'ai vu le lien dans parents de jumeaux). Ça me touche énormément ce que tu as écrit, tu décris tellement bien ce que l'on peut ressentir... moi aussi j'en ai les larmes aux yeux. Moi aussi j'ai vécu une grosse déception lors de la naissance de mes jumeaux par césarienne le 30 août 2006, après trois accouchements de rêves (mes trois premier enfant)
Je comprends très bien ton sentiment. Et oui! la nature fait bien des choses, et l'important c'est la santé de nos petits amours.
Bravo pour ton beau récit
isabelle maman 5 fois